Une farouche liberté de Gisèle Halimi

Dernière mise à jour : 22 avr. 2021

Cette chronique rassemble deux livres. Ne vous résignez jamais publié en 2009 chez Plon et Une farouche liberté publié en 2020 chez Grasset.

J'ai lu ces deux livres l'un après l'autre. Se ressemblent-ils ? Oui, ils sont une histoire. Gisèle Halimi a quitté ce monde le 28 Juillet 2020. Dans Une farouche liberté, Gisèle Halimi revient sur son parcours avec Annick Cojean, journaliste à "Le Monde". Ce livre n'est pas aussi biographique que Ne vous résignez jamais, il est la petite pierre d'un grand combat. Inespérée ? Non. J'entends, grâce à Annick Cojean, une femme libre dans sa tête, libre dans ses mots, libre dans ses actes. Une farouche liberté gagnée à force de combats et d'engagements pour les femmes. Elle laisse un très beau témoignage d'une vie, la pensée d'être libre, être à égalité de l'homme, tout en étant une "Femme".


Résumé : Gisèle Halimi : Soixante-dix ans de combats, d’engagement au service de la justice et de la cause des femmes. Et la volonté, aujourd’hui, de transmettre ce qui a construit cet activisme indéfectible, afin de dire aux nouvelles générations que l’injustice demeure, qu’elle est plus que jamais intolérable. Gisèle Halimi revient avec son amie, Annick Cojean, qui partage ses convictions féministes, sur certains épisodes marquants de son parcours rebelle pour retracer ce qui a fait un destin. Sans se poser en modèle, l’avocate qui a toujours défendu son autonomie, enjoint aux femmes de ne pas baisser la garde, de rester solidaires et vigilantes, et les invite à prendre le relai dans le combat essentiel pour l’égalité à l’heure où, malgré les mouvements de fond qui bouleversent la société, la cause des femmes reste infiniment fragile.

Depuis l’enfance, la vie de Gisèle Halimi est une fascinante illustration de sa révolte de « fille ». Farouchement déterminée à exister en tant que femme dans l’Afrique du Nord des années 30, elle vit son métier comme un sacerdoce et prend tous les risques pour défendre les militants des indépendances tunisienne et algérienne et dénoncer la torture. Avocate plaidant envers et contre tout pour soutenir les femmes les plus vulnérables ou blessées, elle s’engage en faveur de l’avortement et de la répression du viol, dans son métier aussi bien que dans son association « Choisir la cause des femmes ». Femme politique insubordonnée mais aussi fille, mère, grand-mère, amoureuse… Gisèle Halimi vibre d’une énergie passionnée, d’une volonté d’exercer pleinement la liberté qui résonne à chaque étape de son existence.

« Impose ta chance, serre ton bonheur et va vers ton risque » : ces mots de René Char, son poète préféré, pourraient définir Gisèle Halimi, cette « avocate irrespectueuse », et sa vie de combats acharnés pour la justice et l’égalité.

Source : Site de l'éditeur.


Mon avis : "Ne vous résignez jamais" : le parcours d'une vie. Qu'est-ce qui concrétise une vie ? Le passé ou l'avenir ? On se construit à coups de projets et de souvenirs. On bataille pour exister. La femme ! Comment existe-t-elle ? Comment a-t-elle évolué ? Comment cette femme, Gisèle Halimi est-elle devenue une féministe ?

Qu'est-ce que "son féminisme" ?

  • L'égalité homme-femme ?

  • Est-ce valoriser "la place" de la femme ?

  • Le féminisme doit-il éteindre l'humanisme ?

Une femme n'est-elle pas une femme grâce aux sentiments qui font d'elle l'être humain qui se place à côté de l'homme ?


"A 10 ans, elle entreprenait une grève de la faim en criant "C'est pas juste !", indignée par les inégalités entre garçons et filles. A 93 ans, elle persiste et s'insurge, stupéfaite que la condition des femmes n'ait pas suscité l'immense révolution qu'elle appelle de ses vœux, seule capable d'anéantir un patriarcat millénaire, destructeur...et grotesque. Non, femmes et hommes ne sont pas à égalité dans ce début de vingt et unième siècle."(Une farouche liberté)


"La première révélation, celle-ci fulgurante car dans ma chair, de ma sujétion de femme me vint du corps. Je pris conscience à dix-huit ans que mon corps n'était pas le mien mais l'objet inconditionnel de lois, d'oukases religieux, de règles de bienséance sociale. Leurs auteurs : les hommes." (Ne vous résignez jamais)


"Son féminisme", dans un premier temps, c'est l'histoire d'un corps. A qui appartient-il ? La société et le patriarcat ont décidé du corps de la femme pendant de longues années. Contraception, avortement... La route a été longue pour que la femme se réapproprie son corps.

La société a évolué depuis cette génération où décider pour soi était interdit par la loi. Une loi qui a évolué grâce aux femmes et aux combats qu'elles ont menés. Mais la société, elle, comment pense-t-elle aujourd'hui ?


"Des menaces pèsent sur le féminisme d'aujourd'hui. Compromis et alibis nourrissent des parasites de notre société. Ceux qui chroniquent fructueusement sur le mal de l'homme blanc dévirilisé (à cause des féministes), ceux qui fabriquent les scoops "féministes" à partir de faits divers insignifiants, ceux et celles qui s'enveloppent dans le drapeau-femme pour accaparer, à ce titre, pouvoir, argent, notoriété." (Ne vous résignez jamais)


"Des colères se sont exprimées, des révoltes ont éclaté çà et là, suivies d'avancées pour les droits des femmes. Mais nous sommes encore si loin du compte. Il nous faut une révolution des mœurs, des esprits, des mentalités. Un changement radical dans les rapports humains, fondés depuis des millénaires sur le patriarcat : domination des hommes, soumission des femmes. Car ce système n'est plus acceptable. Il est même devenu grotesque...

...Qui pourrait affirmer que nos sociétés sont désormais égalitaires ? Que la question est réglée, que les femmes jouissent d'un statut équivalent à celui des hommes, qu'elles ne sont pas sous-sujets, sous citoyennes, sous-représentées dans les instances décisionnelles ? ...

En 2020. C'est consternant. Notre numéro de Sécurité sociale commence par le chiffre 2. Celui des hommes par le chiffre 1. Ce n'est évidemment pas un hasard. Nous restons relégués au second rang, inessentielles derrière les essentiels." (Une farouche liberté)


En 1971, fut publié dans "Le Nouvel Observateur" : Le manifeste des 343 salopes.

C'est quoi ?

343 femmes demandent "l'inapplication d'une loi injuste" et une élaboration d'une loi qui "autoriserait, encadrerait, protégerait, rembourserait l'avortement".

En 1974, la loi Veil est votée. Était-il si difficile d'entendre et de défendre la femme ?

Pourquoi doit-elle toujours se battre pour son honneur et sa survie ?

Le féminisme a été engendré par l'homme devant son incapacité à respecter la femme.


Qu'est-ce que les lois ont changé ?

Contraception ou bébé ? La femme a navigué dans les couloirs de l'incertitude. Elle explosait le nombre d'avortements justifiant malheureusement son incapacité à choisir. L'avortement a été une échappatoire avant d'être un choix de contraception. La femme brouillait son autonomie. Elle ne comprenait pas que cette bataille gagnée signifiait des responsabilités. Un droit acquis ?

Le féminisme n'est pas obligatoire. On se joue des avantages abandonnés au compte goutte par la loi, la justice et le patriarcat. La femme était loin de se douter que le féminisme ne faisait que commencer dans les années 70. Des dizaines, des centaines de femmes se battaient depuis longtemps pour défendre leurs droits. Mais en somme, n'est-on pas toutes un peu féministes ?


"En écrivant ces lignes, je revis le désespoir des femmes que j'ai accueillies dans mon cabinet ou à Choisir, à la recherche d'une adresse ou poursuivies pour avortement.

Au-delà de leur santé, ou de leur équilibre physique, elles ressentaient toutes un choc essentiel qui affectait le sens de leur liberté (confisquée) et de leur vie.

Nos filles et nos petites-filles seraient dénuées d'imagination ou de mémoire si elles se réjouissaient que du confort de la pilule du lendemain, sans la relier à la complexité des choix et des luttes de femmes. Si cet acquis -le choix de donner ou non la vie- ne retrouvait pas très vite son caractère de "passeport" philosophique pour construire la liberté d'une femme dans tous les domaines, alors elle ne serait qu'une loi parmi tant d'autres. " (Ne vous résignez jamais)


Le choix de la maternité est-il vraiment personnel ?

Beaucoup de femmes n'ont pas d'enfants, le traditionnel style de vie : mariage-bébé est une accroche à la société qui vend et qui répand l'idéalisme d'être mère. L'instinct maternel est collé à la femme et l'on crie "horreur" lorsque le malheur surgit parce qu'en vérité : qu'est ce que l'instinct maternel ? Le choix doit demeurer une liberté, que l'on ait des enfants ou pas au regard des autres mais surtout des femmes.


"Eh bien j'affirme que la maternité ne doit pas être l'unique horizon. Et que l'instinct maternel est un immense bobard à jeter aux poubelles de l'Histoire. Je n'y ai jamais cru. La vie n'a fait que confirmer mes intuitions. Alors j'insiste : soyez libres ! " (Une farouche liberté)


Le "choix de donner la vie" ou pas est l'un des piliers du féminisme. Le corps n'est pas à vendre. Mon corps m'appartient. La féministe se bat pour soi-même, pour les enfants mais aussi pour rester digne pour une humanité vraie et responsable. Le marché du corps, le marché du plus offrant doivent être cassés selon la féministe. Rien n'est à vendre et tout est à découvrir.


"A chaque mue de Choisir, à chaque nouvelle cible, à chaque combat identifié comme nécessaire, des femmes différentes nous ont rejoints. Age, situation sociale, rêves d'avenir... elles présentent une grande diversité. Leurs "caractéristiques" correspondent elles au but de notre mouvement au moment où elles y viennent ? Pas forcément.

Le demande naît souvent d'une rupture intérieure et de la volonté de la vivre dans une autre rupture commune, celle du féminisme. Elles ont réfléchi, après un choc, une insulte sexiste, un événement qui les a placées en situation de femme. " (Ne vous résignez jamais)


"Ce n'est qu'en 2005, après le séisme du "non" au traité constitutionnel européen que Choisir a décidé de reprendre l'initiative et d'imaginer une Europe plus égalitaire et bienveillante envers les femmes. Une Europe dans laquelle tous gagneraient et à laquelle nous dirions enfin "oui".

L'idée ? Très simple ! Il s'agissait de "visiter", dans les vingt-sept pays membres, les lois concernant spécifiquement les femmes : dans leurs choix privés ( procréation, avortement, mariage, divorce), leur travail (formation, rémunération, carrière, retraite), leur participation au pouvoir politique (parité), et les différentes formes de violence qu'elles pouvaient subir (conjugales, viols, prostitution). Ensuite, il fallait moissonner, c'est-à-dire retenir dans tel pays ou tel autre la loi qui apparaissaient comme nettement en progrès par rapport au reste de l'Europe. " (Une farouche liberté)


"Choisir" le féminisme. On y adhère pour toujours ou périodiquement. Le temps ?

Il est partenaire ou ennemi de la femme. Le souvenir propulse où le présent nécessite la reconstruction même de la stabilité.

Le féminisme est-ce seule ou en communauté ?

L'union fait la force paraît-il, pour combien de temps ?


Le féminisme pour combattre le dédoublement et/ou l'aliénation ? Beaucoup de femmes dans le milieu de la prostitution ou celui des violences ont cessé le combat. Quelquefois, elles ne l'ont pas entrepris. Que fallait-il pour qu'elles croient en elles ? Qu'aurait-il fallu pour que ces femmes sachent et comprennent qu'elles ont droit au respect et à la dignité ? Non, elles ont accepté leur sort souvent dans le silence ou même l'indifférence. Par survie ou par nécessité, la femme se vend ou s'oublie. Où est la limite ? Qui peut combattre l'injustice ou les violences faites aux femmes sinon elles-mêmes ?

La féministe est contre les préjugés, la féministe combat pour la dignité du corps de la femme. Pourquoi tant de femmes n'ont-elles pas compris ou adhéré à cela ?

Par amour ou par liberté .


L'amour qui conduit à "l'amour fusionnel" détruit-il la liberté de la femme ?

On s'aime, on s'unit, on se suffit.

Où l'homme prend-il sa place ? La reprend-il ?

La féministe se dit libre économiquement et sexuellement. Pourtant le rapport à l'autre veut l'union et entraîne très souvent la maternité. Le chemin "sociétale" de la "femme-mère" est celui du sacrifice et du don aux autres.


"Un homme me comprenait. J'ai eu cette chance. Un homme qui m'a accompagné, soutenue, épaulée, pendant soixante ans et dont j'éprouve aujourd'hui le manque terrible. Un féministe. Je n'ai jamais rencontré un homme qui le soit davantage. Avec qui j'avais mille complicités sur des choses fondamentales et avec qui j'ai partagé tous mes combats." (Une farouche liberté)


Quelles limites au jeu de l'indépendance ?

Le féminisme et les violences sont incompatibles. La féministe intellectuelle qui ne se retrouve pas dans la mère au foyer qui subit est la cassure entre ces femmes. On se jauge d'un bout à l'autre et pourtant, une voisine, une amie est une potentielle victime puisque les violences sont présentes dans tous les milieux sociaux et culturels. L'indépendance, est-ce le mot caractérisant le féminisme ?


Quelle place pour l'amour dans le féminisme ?

Egalité, respect, individualisation. La femme se veut indépendante en tous points. Et l'homme ?

L'égalité entre les hommes et les femmes doit être la façon de combattre les débordements. L'homme et la femme. La femme et la société. Où se trouve la ligne de démarcation entre la justesse et l'indépendance ?

Indépendante de l'homme ou de la société : qui est l'ennemi ?


Le féminisme, selon Gisèle Halimi c'est aujourd'hui, c'était hier et ça sera demain. Pourtant, chaque génération a son évolution. Le femme vit, la femme évolue dans une société qui stagne ou régresse dans sa propre idéalisation.

Comme disait Gisèle Halimi :


"Ce mouvement social, ou cette théorie qui veut le porter -en innovant-, apparaît bien, au XXème siècle, comme un bouleversement qui met en question l'ordre établi à tous les niveaux, notamment culturel.

Or le culturel agit sur les comportements, les mentalités, la relation.

Pour la mysogynie ordinaire comme pour les fondements du conservatisme, il y a bien péril en la demeure. Demeure que le féminisme risque de rendre chaotique par son volontarisme et ses actions égalitaires. Mettre fin à une hiérarchie discriminatoire, biblique, transformerait toute la société, à la manière des ricochets d'une pierre (de taille !) sur la surface d'une eau tranquille.

C'est dire l'inquiétude du "haut" de cette hiérarchie. " (Ne vous résignez jamais)


L'évolution de la société par les femmes : c'est combattre certainement et/ou défendre.

"Le féminisme" plaît ou pas. Peut-être parce que le nom est trop féminin ? Mais il est essentiel de se rendre compte qu'il bouscule et permet de faire bouger cette société depuis trop longtemps patriarcale.


Conclusion : Ne vous résignez jamais est un appel à être et rester une femme malgré la différence ou l'indifférence qu'elle peut subir juste parce qu'elle est née "fille". Ramener le problème à l'enfance, c'est chercher comment évolue et vit une société dans un temps donné car même si le monde change, il se peut qu'il retourne à d'anciennes mentalités comme il se peut qu'il tente le changement. Mais pour qui ? Et surtout, qui en bénéficie ?

Une farouche liberté se termine par une phrase :

"On ne naît pas féministe, on le devient."

Gisèle Halimi, à 93 ans, attendait encore la révolution de la femme. Elle n'était pas seins nus dans Paris pour protester pour le droit des femmes. Elle n'était pas sur Twitter pour condamner lors du mouvement #MeToo . Elle était à côté et près des plus faibles et/ou même sur le banc de la victime ou de la condamnée. Elle était dans l'Assemblée Nationale pour faire avancer la loi. Elle était dans les journaux pour montrer à l'opinion publique. Toute une vie à défendre, à proclamer et à montrer ce que sont les femmes. Elle n'est plus mais elle laisse les plus sincères et véritables motivations dans ses livres : à nous de croire en un monde d'égalité, un monde où hommes et femmes se complètent pour enfin vivre dans une société plus juste et humainement riche.


Pour se procurer le livre c'est ici ou ici







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