"Sur les épaules du fleuve" de Marco Carbocci

  • Broché: 96 pages

  • Editeur : Héron (24 janvier 2006)


Résumé :



Le maquis toscan, avec ses couleurs, ses odeurs, son âpreté, ses habitants, est le sujet principal de ce livre merveilleusement écrit : dans la première nouvelle, un garçon y est initié par son père à la dure vie de forestier ; dans la seconde, un jeune homme, fils d'émigré italien, y fait une longue retraite avant de prendre le train qui le ramènera dans les froides plaines du nord de l'Europe.


Mon Avis :

Ce livre comporte deux nouvelles. Marco Carbocci m'emmène dans le maquis toscan près de Piombino. Les descriptions sont à la hauteur de ce que j'espérais. Un brin poétique, l'auteur décrit son environnement pas à pas. Sa plume mélangeant la poésie et le familier est singulière. Quelques images ou scènes sont très bien expliquées, bref Marco Carbocci emporte dans son univers.

Dans la première nouvelle, je le retrouve jeune, il rencontre son grand père Renado Moretti. J'assiste à un échange, une attente de chacun.

Le jeune ravit d'écouter , le plus âgé heureux de raconter. Je détecte une bonne complicité, ce rapport "Je te dis" "Je t'écoute" se perçoit avec un très grand respect teinté de quelques petites provocations amicales. Le récit du grand père m'offre une nouvelle fois, le regard entre un père et son fils, dans les deux sens pourrais-je préciser. Le regard d'un fils, démontrer le courage devant son père, faire preuve de confiance envers son fils.

Un rapport qui offre un résultat de complicité masculine à travers les générations forçant l 'admiration du respect que chacun offre à l'autre.

De plus, l'auteur m'offre une chute "spectaculaire".

Dans la deuxième nouvelle, je retrouve l'auteur, en retrait dans le maquis pour un motif que je vous laisserais découvrir. J'y ressens l'isolement, l'attente, l'ennui...Une certaine solitude qui l'aide à comprendre, à réfléchir. Puis l'évasion avec les amis, le retour à une vie "normale" mais au fond le maquis est à l'intérieur de lui. Il aime y être seul mais aussi gourmand de rencontres et de toujours ces anecdotes qu'il peut entendre des "autres", des "Anciens". Il n' a pas le même comportement face à son interlocuteur. Avec les hommes, il est plus viril, provocateur, alors qu'avec les femmes il est attentif et demandeur d'attention. Alors la vie à la ville, les études, les amis ? ou celle du maquis, étrangère, solitaire ou aventurière ? Peut-être un peu des deux dans le fond car chacune est présente à l'intérieur de lui.


Ma note : 5/5

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Qui est l'auteur ?


Marco Carbocci a grandi en Belgique, vécu à Bruxelles et à Paris, mais a gardé le cœur, l’imaginaire et quelques projets d’avenir dans sa Toscane d’origine. Aîné d’une famille nombreuse, il a été étudiant, diplômé en philologie romane, professeur de lettres et de latin, dessinateur, chroniqueur littéraire et politique, éditorialiste, manœuvre, monteur à la chaîne, pistoleur, guide et traducteur dans un musée étrusque, chômeur, enfin auteur de nouvelles et de romans. Il se considère comme “universitaire, mais non pratiquant” et se reconnaît encore comme indien métropolitain, fumeur de gauloises, amateur de littérature latine et de polyphonie médiévale, rockeur pourtant, et biker adepte des rassemblements de bécanes chromées.

Il appréhende l’écriture, non comme une nécessité, mais comme une condition. Non comme un art, mais comme un engagement: « de la sueur et de l’émotion ». Après un séjour assez long auprès des Amérindiens du Québec et un accident de moto qui devait l’immobiliser un bout de temps, il a jugé pertinent de mettre un terme à son activité de journaliste. Il a résolu de larguer les amarres et de se consacrer exclusivement à l’écriture de fiction, la tête en fuite, inventant des histoires qui parlent de choses vécues ou de choses qu’il aurait aimé vivre, dire ou faire si la vie était un pow wow indien.


Mes questions à l 'auteur :


Quand avez-vous commencé ce roman? Une bonne partie de ce que je décris dans ce texte – de ma condition de déserteur de l’armée italienne à mon exil dans le maquis toscan – se base sur des faits réels. J’avais 20 ans. Dès ce moment-là, j’ai commencé à prendre des notes. Je notais surtout ce que j’apprenais du maquis, le nom des plantes par exemple, mais comme on me les donnait en dialecte je n’ai jamais réussi à identifier tout ça en français. Je notais aussi des bribes de dialogues. Revenu à la normalité, l’idée s’est développée d’en faire une longue nouvelle. Celle-ci a dû voir le jour dans les deux ou trois années qui suivirent : je suis très perfectionniste et long à écrire. « Sans cesse sur le métier etc. » pourrait être ma devise. La nouvelle achevée, je l’ai laissée reposer quelques années. J’avoue que je n’ai jamais conçu de lien nécessaire entre l’écriture et la publication. Je voulais attendre. Savoir s’il y avait moyen de développer encore. Fin du premier acte donc, je raconterai la suite dans les questions successives.

Combien de temps lui avez-vous consacré? Si l’on se réfère à la réponse que je t’ai faite à la question précédente, deux ou trois bonnes années se sont déjà écoulées. J’ai consacré du temps aux autres nouvelles qui devaient constituer le recueil. L’une d’elle s’est tellement développée qu’elle est rapidement devenue un roman. Celui-là aussi, je l’ai laissé reposer dans un tiroir. Il y est toujours. Dès lors, j’avais fait éclater mon idée de recueil. Et j’ai repris « Sur les épaules du fleuve » (qui s’appelait encore « Des hommes et un chien » à l’époque) pour creuser l’idée initiale et la développer.

Une anecdote sur ce roman? Oui, et qui me permet de reprendre où j’en étais resté à la question précédente. Je devais approcher de la trentaine quand le texte m’a paru satisfaisant. J’allais enfin pouvoir écrire le mot « fin ». Soudain, un coup de téléphone : mon meilleur ami est décédé dans la matinée. J’ai tout laissé tomber pour rejoindre sa famille. Lorsque je suis revenu chez moi, je n’avais plus le cœur à reprendre l’écriture. « Sur les épaules du fleuve » a rejoint le fameux tiroir. Entre-temps, il m’arrivait quelquefois de publier des récits courts dans des revues littéraires, en France, en Belgique et surtout au Québec. L’une d’elle a reçu je ne sais quel prix (je ne me soucie vraiment pas de ce genre de fétiches) à Montréal. C’était « Nous sommes nés pour errer au hasard sur les collines » qui constitue le premier texte, mais je préfère dire l’incipit, de « Sur les épaules du fleuve ». Un éditeur m’a approché alors. Pour ma part, je n’en avais jamais contactés. Je lui ai envoyé « Sur les épaules du fleuve » et il a tout de suite parlé de publication. Mais j’ai reculé : pour moi, ce texte était entaché encore du décès de mon ami. Je passe sur les détails, mais l’éditeur est revenu à la charge... pendant huit ans. Finalement il a débarqué à ma porte et m’a montré une maquette avec la couverture du livre, telle qu’il l’avait conçue de son côté. J’ai été séduit par la couverture et j’ai accepté la publication. Avez vous un regret pour ce roman? Si j’en récupérais les droits, je le reprendrais entièrement. Est-ce un regret ? Pas réellement. C’est encore un des effets pervers de ce fameux perfectionnisme quasi maladif que j’évoquais plus haut.

Quels sont vos projets? Si nombreux qu’ils n’entreront pas dans une seule vie. Je travaille depuis dix ans déjà sur un très gros roman intitulé « Noir Occident » et qui raconte l’avènement du fascisme en Italie, puis dans toute l’Europe. Tout cela sur fond de romance contrariée et d’un trio amoureux résolument incompatible. L’idée, c’est de couvrir une époque se situant entre 1918 et 1943. J’ai plus de mille pages déjà et ne suis qu’en 1920. Bon. Encore un projet impubliable a priori comme pas mal d’autres choses que j’ai écrites entre-temps et notamment la traduction et l’adaptation toute personnelle d’une série de romans méconnus du XIIème siècle français. Mes projets donc sont entièrement axés sur l’écriture – du travail et de l’émotion – mais n’incluent pas nécessairement la publication. Sinon, je compte changer de matelas, refaire la plomberie de mon appart et retournerais volontiers faire un long séjour parmi les nations amérindiennes, comme j’ai eu déjà l’opportunité de le faire, il y a quelques années. Mais j’imagine que ce n’était pas réellement l’objet de ta question.

Merci à l 'auteur d'avoir répondu à mes questions.

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