Permafrost de Eva Baltasar

"Se dévoiler corps et âme"


Découverte de Eva Baltasar avec Permafrost publié chez Editions Verdier en septembre 2020.


Résumé : Pour pouvoir vivre, la narratrice de Permafrost n’a eu d’autre choix que de se protéger des femmes auprès desquelles elle a grandi, mère, sœur, tante, de leurs obsessions navrantes, de l’hypocrisie familiale et son cortège de mensonges ou de sourires pour entretenir cette idée de l’épouse comblée et de la mère épanouie. Mais derrière l’épaisse cuirasse qu’elle a dû se fabriquer, ne se retrouve-t-elle pas prise comme dans une terre perpétuellement gelée, enfermée avec ses pensées suicidaires ?

Heureusement il y a les chambres, celles où elle se réfugie dans la lecture passionnée d’autres vies, et celles où elle découvre le corps et les caresses d’amantes fabuleuses.

S’isoler, s’adonner au plaisir, même non solitaire, ne suffisent, cependant, pas à apaiser son malaise. Pour se libérer, il faut ce récit, écrit comme l’on se parle à soi-même, sans détours et sans craindre ni ce qui paraît immuable ni ce qui serait provisoire. Un corps avec ses sensations, une voix avec ses réminiscences, ses craintes et ses limites, pour enfin se sentir « vivante, vivante comme jamais ».

Source : Site de l'éditeur.


Mon avis :

Un mal être. Une vie. C’est quoi une vie ? C’est quoi un corps ? C’est quoi un être vivant ?

Le monde ? Il est toxique. Y a plus de choix, y a plus d’envies.

Tout est commandé, écrit, inscrit sur le chemin que l’on prend dès la naissance. Écouter maman, devenir maman tout en ayant le choix ? Oh non ! Pas le droit de mourir, pas le droit de partir.


"La mort prend le corps, comme l'amour. Qu'elle le prenne donc à l'improviste."


Conditionnée à une folie humaine, je m’y trouve ou peut-être pas !

L’envie du suicide, quitter la vie inhumaine et tellement inutile. Plaire, déplaire ?

Vivre c’est aussi voir la vie autrement.

Qu’est-ce qui est si important dans une vie balancée entre l’image et la réputation ?

Quand vivre ?

Comment vivre ?

Vivre pour soi, c’est déclencher l’incompréhension de l’autre. Chacun son rythme, chacun ses idées.

Être comprise ? Parfois. Si l’on fait partie du moule de la société : ça passe sinon pas de tolérance pour celle qui ne vit comme tout le monde.

S’échapper ? Pourquoi pas ! Qui ose tenter l’aventure ?

Et puis, c’est quoi l’aventure ? Un goût de réalité qui assèche la bouche. Un parfum de rêve qui s’évapore. L’aventure remet en ordre les questions et les réponses présentes au plus profond de soi car partir à l’aventure, c’est s’exalter et découvrir quelque chose de nouveau avant que la réalité ne gifle. La famille, c’est le néant, le cyclone où tourne le vent froid ou chaud. Plaire encore et encore à la mère mais surtout aux autres puisque maman est fière de ta vie vis-à-vis des autres. Ce sont des bons points que tu récupères si plaire à ta mère, c’est plaire aux autres tout en restant dans son ombre. Sage comme une image, tu te dois d’être et de rester. Démontrer l’idée qu’on est et que l’on reste sur le bon chemin (celui qu’elle a tracé le jour de ta naissance). Normal, plaire : la société abdique ou accepte et toi aussi.


"Avoir obtenu un travail grâce à une bonne recommandation, c'est sans doute ce qui ressemble le plus à l'état amoureux, on s'installe pendant un certain temps dans une sensation d'apesanteur intensément plaisante, comme si soudain la vie se laissait conduire à travers une avenue bordée d'arbres et se penchait du haut d'un vaste pont sur des eaux dormantes. On s'abstrait de soi-même en regardant les canards verts et leurs familles monoparentales. Tout est si indolore ! Et on découvre tant de beauté, une beauté qui renaît sur son propre visage, qui envahit les moitiés aimables des autres !"

Rencontrer, s’épanouir. Être subjuguée, attirée par l’autre. Bonheur inespéré, on rêve. La vie est belle lorsque la pensée s’envole au rythme des histoires. Chasser le présent, repousser la vérité. Le rêve fait vivre…

La mort, elle, est une préparation.

La choisir, la commenter, s’en servir.

Quitter ce monde, partir et ne laisser qu’un corps, une enveloppe.

Reste-t-il encore le choix de laisser une belle image ?

Pourquoi ? La dignité : non, tu fuis.

Le respect de toi-même : non, tu fuis.

Alors, reste le hasard afin de jouer avec la vie. S’en remettre à un choix fragile, est-ce la bonne mesure ? Peut-être.

Que faut-il pour te retenir ?

L’amour. Pourtant avoir déjà un pacte avec la fin c’est ne pas s’autoriser l’association avec une autre. Le mariage c’est aussi mourir un peu, la normalité t’effraie, le rêve dissimule l’absence complète de ton intégrité dans le bien ou dans le mal. Tu préfères t’entraîner seule dans le trou qui est le destin, les plaisirs. Tu prends, avec l’autre ou pas mais jamais d’engagements. Tu vis ta liberté dans l’unité, l’autre est le frein à tes choix, à tes envies et à ta manière d’être.

La mort t’attend c’est comme une attraction. Quand as-tu basculé ?

Quand le permafrost s’est déchiré de ta condition humaine ?


Ma note : 5/5


Pour se procurer le livre c'est ici (site de l'éditeur) ou ici



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