Les 9 jours du cafard de Jean François Pré

Alors la bête, un assassin ou une personnalité ?


J'ai demandé en service presse le nouveau livre de Jean François Pré. La maison d'édition Lajouanie me la fait parvenir et je les remercie de cette confiance. Je connaissais l'auteur en tant que chroniqueur à TF1 . Il y a quelques années, mon père se référait à lui en matière de pronostics turfistes. Ceci dit, je voulais, moi, le découvrir dans ma passion, la lecture. Venez, je vous raconte...


Résumé : Un jeune peintre, valeur montante de l’art contemporain, est assassiné dans un manoir normand par une personnalité politique de premier plan venue passer quelques jours de vacances incognito.

Son hôte, une aristocrate écossaise, décide de détourner les soupçons qui pèsent sur son invité. Elle convoque l’ex-commissaire Langsamer et l’envoie, outre-Manche, résoudre un improbable défi. Il en revient bien vite, persuadé que la clé de l’énigme se trouve dans le haras de la Duchesse. Le meurtre d’une jeune journaliste le conforte dans cette idée.


Mon avis : Au début du livre, je suis interceptée de suite. L’auteur exerce un zoom sur le cafard, très laid mais à la carapace dure. Ce blattoptère est l’image d’un homme. Une définition du physique et du caractère qu’il assume. Ce « cafard » parle au lecteur, partage ses émotions, son vécu et son sort. Pour lui, dans neuf jours, il ne sera plus là. Aujourd’hui, il vient de perdre sa tête et dans neuf jours, (délai de survie d’un cafard) il ne sera plus.


On dit que si l’on coupe la tête d’un cafard, l’insecte peut vivre encore neuf jours sans son chef. Et ce n’est pas la décapitation qui l’achève, c’est la faim.


Romain Devereux est mort. Peintre, un tantinet bohème. Il séduit, il emmène dans son monde. Beau et attendrissant, il est mort, assassiné.


Me voilà donc immergée à Deauville en pleine saison estivale, et qui parle d’été se doit d’associer les courses de chevaux. Le monde des turfistes, de grandes familles nobles ou pas détenant une écurie en Normandie, les vacanciers. Tous se croisent ou s’observent de loin ou de près, deux mondes se côtoient : La haute société et la population.


Jean François Pré me raconte : Les 9 jours du cafard, jour après jour, précédé d’une confession du « dit » cafard en italique. Inscrit dans un journal intime, je m’attends à la chute de cet homme. Je fais la connaissance de Lady Malvina Pullborough, propriétaire d’un haras, veuve et très riche. l’auteur me présente Willbur, Elias Papoulopoulos. Me voilà donc entourée de personnes toutes aussi différentes que semblabes. Une seule chose les relient : leur besoin.


Elle se débarrassa de son châle et le jeta négligemment sur la banquette arrière. Comme à chaque passage devant l’église de Villerville, elle eut une pensée pour Blondin et Audiard. Elle connaissait par cœur les dialogues du Singe en hiver. À chaque fois, la gouaille de Gabin et de Belmondo résonnait dans sa tête. Elle les revoyait dans la rue principale (pour ne pas dire unique) qui descendait jusqu’à la mer.La voix fluette de Wilbur la sortit de ses pensées :

– Ça devient irrespirable ! Madame souhaite-t-elle que je remette la capote ?

Un poids lourd dégageait une fumée noire, juste devant eux. Ils en prenaient plein les narines.

– Oh, arrête un peu avec tes Madame ! Tu n’étais pas aussi cérémonieux cette nuit. Et… tu ne parlais pas de capote.

– Cette nuit, je chauffais Madame… aujourd’hui, je ne suis que chauffeur.


Chaque personnage est très bien détaillé. Son physique, son caractère, sa personnalité.

Voici que Langsamer fait son entrée. Ancien enquêteur de police à la retraite, il traîne ses pieds, ses yeux et ses oreilles pour celui qui serait intéressé. Ou certainement parce que découvrir, trouver, l’appétit de l’enquêteur ne s’était pas arrêter le jour de sa retraite. Toujours en relation avec son ancien co-équipier Tournier, il répond présent pour un avis, un tuyau, un coup de main.

Jean François Pré expose donc un meurtre, des personnages et une situation géographique très appréciable. Je pourrais dire que c’est un polar classique donc qui capte. Non ! L’auteur m’a complètement entraînée. Je vis en lisant au rythme des voyages entre l’Angleterre et la France. Je vois ce haras de 200 hectares, les champs de courses, les domestiques, les journalistes qui affluent. Je regarde chaque personnage en apprenant son passé mais aussi le rôle dans cette histoire. Langsamer me fait penser un jour à Colombo , les jours suivants le voilà qu’il fait sa révélation à la façon Hercule Poirot . L’auteur y fait allusion, à chaque fois, je ne sais pas qui du personnage ou de l’auteur est le plus fan.


La ferme de la famille Devereux avait la forme d’une longère. Elle se trouvait en bordure de la nationale 13. Au niveau des plages du débarquement. À deux ou trois kilomètres de Port en Bessin. Le père avait l’âge d’avoir entendu le bruit des canons. L’exploitation s’étendait sur quelques hectares. On y cultivait les fruits et les légumes qu’on vendait sur les marchés. Le vent soufflait fort. Le ciel se couvrait. Des nuages gris anthracite annonçaient la pluie et conféraient à la baraque une couleur encore plus flaubertienne que si le maître, lui-même, y était allé de sa plume. L’intérieur de la ferme était obscur. Une pièce unique qui tenait lieu, à la fois, de cuisine, de salon et de salle à manger. Les chambres devaient se trouver à l’étage. Une ombre s’affairait autour de la table. Trois verres de Pyrex y avaient été déposés.


Pas non plus troublées dans la façon dont le livre s’exprime. Chacun sa personnalité, chacun son langage. Les personnages, les histoires affluent sans pour autant que je ne m’y perde. J’entends l’accent brittish , je m’amuse de voir les enquêteurs évoluer, le mystère de certains personnages plane. Tout un univers, jusqu’à la révélation finale, le face à face, la vérité éclate.


Langsamer s’empara du chèque, qui embaumait le parfum. Il le rangea dans son portefeuille qu’il replaça, avec précaution, dans une poche intérieure de sa veste. Il resta encore une demi-heure, face à cette femme étonnante. D’une force de caractère peu commune. Épurée de toute forme de sensibilité. Langsamer savait qu’il existait des êtres ainsi constitués, mais il n’en avait que peu rencontré, au cours de sa carrière. Ils avaient tous une faille. Cette femme paraissait n’en avoir aucune. Elle était brillante, perspicace, psychologue… et l’empathie glissait sur sa peau sans la pénétrer. Comme certaines crèmes de beauté.


Ma conclusion : Cher Jean François Pré , vous m’avait très bien promené dans ce polar qui dure 9 jours. Alliant le classique de l’univers polar avec les personnalités que sont les hommes et les femmes aujourd’hui, je vous déploie mon béret !


Ma note : 5/5


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