La vie sexuelle des écrivains de Iman Bassalah

"Intime ou presque : l'écrivain"


Je me suis procuré ce livre durant la pandémie de Covid-19. Les librairies étaient fermées. Partageant sur Facebook, je regardais un instant sur les groupes de ventes :

L'offre concernant les livres. Bingo, j'avais trouvé mon petit bonheur parmi quelques-uns dont celui-ci avec le titre un peu évocateur et provocateur : La vie sexuelle des écrivains !


Résumé : Ce livre est un voyage à travers les époques, avec le regard des écrivains ou des critiques. Victor Hugo, Simenon, Proust ou encore Colette : Comment interpréter leurs vies sexuelles ou affectives au travers des écrits, des correspondances ?


Mon avis :

La plume de l'écrivain projette-t-elle l'envie, le désir ou même la déclaration ? Partout, dans le milieu littéraire, beaucoup diront que l'écriture est singulière.

Iman Bassalah, dans ce livre, délivre les attentes, les tourments, les rumeurs qui ne sont pas sur un site people à très fortes réputations mais dans les livres d'auteurs, dans les correspondances. Elle fait les rapprochements, provoque les interrogations ou bien lève quelques voiles au détour d'une maison, d'une chambre ou bien d'une relation.


"Elle connaîtra toutes les affres d'une fidèle maîtresse, fût-elle Juliette : les jeux de cache-cache, l'amant qui ne vient pas, les moments de lucidité noyés par un seul mot de lui, les ruptures qui ne vont jamais bien loin, le bal où elle ne l'accompagnera pas, les soirs où elle imagine séduit par une autre, élégante et pleine d'éclat alors qu'elle est seule, "en déshabillé et à peine débarbouillée", guettant les heures qui ne passent pas au gré d'une imagination atroce."


Au XIXème siècle, l'amour pouvait-il être autrement qu'aujourd'hui ? Victor Hugo, l'écrivain romantique se nourrissait-il des femmes ?


" On a beau être poète, il est difficile de parler d'amour de façon différente à chacune, quand on les collectionne ! Et puis, désormais, en plus de sa femme officielle à qui il doit souvent écrire -et à qui il écrit des lettres d'amour tendre, encore en 1851 où, dans la tourmente, il craint de reprendre "feu" pour elle - , il doit alimenter la passion de deux régulières, et écrire des chefs-d'oeuvre... Sa plume vacille certains soirs sur son pupitre de bois sombre : trop de pression."


Beaucoup d'entre vous, en lisant ces extraits pourraient être ébahis ou interloqués. L'écrivain n'est-il sage que dans ses livres ? Certains diront qu'il faut prendre en compte l'époque donc l'effet de société ou même peut-être la mode du moment. De là à chercher dans les méandres de l'écrivain et se demander s'il a besoin de ce réconfort ou de la désertion afin d'écrire. Fuir son quotidien, larguer les amarres, se donner bonne conscience ou pas pour une seule bonne raison : Ecrire.


Partons du côté de la femme : XVIIème siècle, Madame de la Fayette.


" La politique, surtout, les stimule, depuis la Fronde où un vent de folie et de liberté a soufflé sur les femmes. Elles ont été de beaucoup dans ce mouvement, Madame de la Fayette a aussi été l'une de ces "frondeuses en dentelles", ces jolies dames "évaporées, velléitaires ou capricieuses" avec qui Mazarin juge qu'il est impossible d'espérer coucher si on ne parle pas politique avant : "Une femme de bien ne coucherait pas avec son mari, ni une coquette avec son galant, s'ils ne leur avaient pas parlé ce jour-là d'affaires d'état", ajoutant à cela qu'elles y mettent des confusions pires que celles de Babylone..."


Libérées soient-elles, sont-elles vraiment comprises ? L'écriture, la lecture ou même le symbole de baigner non dans un grand bain dégageant un parfum floral ou sucré mais dans celui de la création, de l'intelligence démontrée ou suggestive permet d'ouvrir les portes ou même de forcer le respect de l'homme. Hésite-t-il à reconnaître la femme ainsi ? Certains oui, d'autres non ! Peut-être l'histoire de l'appartenance à un monde ou à une culture commune firent la différence !


"N'avoue jamais" devrait être le seul principe des amours infidèles, et la princesse de Clèves contraire à cette loi fit couler considérablement plus d'encre qu'on en utilisa pour le produire. Comme le résume Marie Darrieussecq en 2009 : "Les premiers lecteurs de Madame de la Fayette, au XVIIème siècle, le jugèrent invraisemblable : quelle épouse pense devoir informer son mari de ses tentations adultères ? Au XVIIIème siècle, cet aveu, on l'a trouvé charmant. Au XIXème, immoral. Au XXème, idiot : mais qu'elle l'épouse donc, son bellâtre de cour ! Et au début du XXIème, on dit qu'il ne faut plus lire ce livre."


Le temps, l'époque, la sexualité ou les sentiments : accélération ou régression, comment s'inscrivent les mœurs au fil du temps ou de l'écriture ?


Puis, les avis ne changent pas et l'on vit dans une perpétuelle tradition. Comment écrire libre ou écrire sereinement lorsqu'on risque de bousculer l'opinion de chacun ou la société ? La sexualité de l'écrivain se veut donc plus discrète et plus prude, masquée entre les lignes, dévoilée à demi-mot.


"Quand Marcel Proust meurt en 1922, littéralement (et littérairement) à bout de souffle, Cocteau gay devant l'éternel, demande à Man Ray de le prendre en photo, gisant sur le lit. "Bonne nuit, aimable prince, et que des essaims d'anges bercent en chantant ton sommeil", dit Horatio à Hamlet, le trouvant mort. Deux hommes qui s'aimaient d'amour. Ce "Bonne nuit" fut le rêve de Proust, de sa mère à ses amants."


Puis, il y a les affirmations, les déclarations. On s'affiche comme on écrit : la franchise et l'indiscrétion ne sont pas un problème ou une infraction pour l'écrivain. On écrit comme l'on pense et l'on vit comme on écrit. Ou l'on se protège, soi et les autres en accommodant le monde avec soi.


"Le romantisme veut concilier la pureté et la chair, la chevalerie et les baisers, aussi bien dans les indélicats que les divins. "Hâtons-nous, jouissons ! " s'écrie Lamartine. Mais Georges Sand galope longtemps dans la forêt sur sa jument Colette pour résister à la tentation de se donner. Elle craint les représailles sur ses enfants chéris, qu'elle ne cessera de protéger de toutes ses frasques, moralement et dans leurs intérêts financiers, les embarquant le plus possible dans toutes ses aventures, mais le mieux possible aussi."



Ma conclusion :

La lecture du livre d' Iman Bassah : "La vie sexuelle des écrivains" a été très intéressante. Un travail de recherches, de comparaisons de siècles ou de sexes plaisant et très captivant à lire.

On espère ou l'on tente toujours de comprendre ou d'entrer en contact avec l'écrivain lors de la lecture de son roman. On recherche sa biographie, sa bibliographie. L'écrivain a traversé les siècles avec la même envie : raconter.

Plusieurs auteurs classiques s’immergent très souvent dans leurs environnements, leur passé, afin de transporter leur vision dans une fiction créée à partir d'éléments, de personnages autour de soi. Le sexe en fait-il partie ? Certainement !

Mais comme tout personne, quelle est la part de réalité, de mensonge, de dénonciation voire de fantasmes ?

La pudeur de l'écrivain ne le révélera pas mais l'autre tentera toujours d'en tirer les indices, les faits ou une idée.

Voyeurisme ou pas, réalité ou fiction : l'histoire s'écrit dans un livre.


Ma note : 5/5


Pour se procurer le livre c'est ici ou ici(sur le site de l'éditeur)








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