La retraite sentimentale de Colette

Chercher, puiser à l'intérieur de la lecture, le retour à soi-même. Il y a dans l'écriture un peu de nous et un peu des autres. Le découvrir ou le faire ressentir par-delà le temps, à travers les mots et les images afin de propulser la magie de Colette un peu plus longtemps, présente à travers moi ou grâce à vous. Puis à l'aide de ces mots : renaître.


Résumé : Très jeune... non, je ne suis plus très jeune. J'ai gardé ma taille, ma liberté de mouvements ; j'ai toujours mon vêtement de chair étroite qui m'habille sans un pli... j'ai changé tout de même. Je me connais si bien ! Mes cheveux couleur de châtaigne étoffent toujours, nombreux, pressés en boucles rondes, l'angle un peu trop aigu d'un menton qu'on s'accorde à trouver spirituel. La bouche a perdu de sa gaîté et, au-dessous de l'orbite plus voluptueuse mais aussi plus creusée, la joue s'effile, longue, moins veloutée, moins remplie : le jour frisant y indique déjà le sillon -fossette encore, ou rire déjà ?- qu'y modèle patiemment le sourire...


Mon avis : Le passé, les souvenirs. Le temps montre et démontre les joies et les larmes. Des indices, des épreuves.

Renaud existe depuis si longtemps et tout ceci se mesure à quelques objets qui ont capturé l'instant. Oublie-t-on si vite ? Se rappeler le nécessaire. Qu'est-ce qui est nécessaire au souvenir ?

L'absence. Claudine est installée chez Annie. L'amie précieuse, amie silencieuse. L'on peut se sentir libre parce que l'on se souvient, parce que l'on détermine, parce que l'on choisit. La liberté physique et la liberté morale sont-elles complémentaires ?

Renaud est loin, il est seul et se sent enfermé. Annie est là. Accompagnée, elle est si absente, indifférente à ce qui l'entoure.

Abandonne-moi, je t'abandonne.

Claudine est une femme dans l'attente d'elle-même. Les envies s'accumulent, le besoin survient et ne demande qu'à s'alimenter. Pourquoi tout autour d'elle est si silencieux ? Les autres ont rompu avec la vie et n'attendent que Claudine pour entendre ou atteindre le sentiment d'exister.

Penser à soi et penser à l'autre.

Quelles limites entre s'exécuter pour lui ou pour elle puis dans un même temps tenter de rester soi-même ?

Toi ou moi ? Toi et moi ? Je me regarde et je ne vois que la possibilité de percevoir le même regard posé sur moi malgré le temps qui impacte le physique et le sentiment. Dans nos pensées qui traversent nos états d'âme, notre jugement, tu ne changes pas et pourtant j'ai l'impression que moi je n'ai fait que cela. Tu es le même dans mon cœur et dans mes pensées, et moi ?

Amour ou amitié ? Qu'est-ce que cela change ?

La liberté, l'envie, le désir sont l'appétit d'une vie extraordinaire et épanouie mais pour qui ?

Aux portes du monde, que retenir ? Comment raconter ? Que penser de moi ?

Ivre de la vie, ivre de te laisser m'emporter, me laisser glisser afin d'être à ta disposition, que faire et comment disposer de ma conscience lorsque je t'ai appartenu corps et âme. Me satisfaire de l'un ou l'autre, m'en contenter, se dit-elle.


"Assise, le dos las, les mains ouvertes, je reste là comme une bonne : une promise poyaudine, qui vient de lire la lettre de son "pays" parti sous les drapeaux n'a pas les yeux plus déserts, la pensée plus gourde que moi..."


"Quand il reviendra, je serai sous les armes : un peu de kohl bleu entre les cils, aux joues le nuage de poudre écrue couleur de ma peau, un coup de dents pour aviver le bouche... Mon Dieu ! à quoi vais-je penser là ? Ne faudra-t-il pas, oubliant mon entrée en scène, que je coure, que je le soutienne fatigué de son voyage, que je l'emporte et que je l'imprègne de moi, que je peuple l'air où il respire ?..."


La solitude. Etre seule. L'un peut-être un choix, l'autre devenir une constatation. Elle est "imprégnée" par l'autre. Il n'y a pas de mot plus magique pour définir ce qu'est se sentir seule. On observe et toute la sublimation de l'autre s'échappe de partout. Vivant pour lui, il n'entend plus et/ou n'observe plus. Soudain, l'isolement et l'on se perd dans les sentiments. S'imprégner, c'est s'alimenter ou le sentiment meurt.

Peut-on croire en l'invulnérabilité ? Penser que le corps et le cœur appartiennent à un seul être. Le désir est-il unique ? C'est l'inconnue tant que coule l'amour dans le sang et traverse chaque sens.


Puis la retraite sentimentale, c'est peut-être garder le sentiment de l'amour intact ? C'est peut-être isoler cet amour pour qu'il ne s'envole pas ?

La retraite sentimentale, c'est sûrement s'isoler du monde, tenter de protéger ses sentiments. Regarder le jour et se souvenir la nuit. Découvrir, amorcer, combattre pour mieux survivre dans cette vie que l'on rêve, que l'on a aimée et construite.

La retraite sentimentale dévisage un moi intérieur, elle éparpille les doutes, les envies, les souvenirs et les bonheurs autour de moi. Attendre la fin ou redécouvrir la vie. La solitude parfume puis resplendit de mille couleurs une vie prochaine. Jeunesse, tu m'exaltes ! Vieillesse, tu m'enivres de souvenirs ; pourtant la vie est là tout autour de moi : dans un regard, un objet, un moment. Puiser, entendre et voir ce qui est immortel : les sentiments.

L'amour n'est pas un sentiment que l'on donne ou que l'on offre. C'est un sentiment de plénitude et de bien-être. Je suis avec lui, je suis sans lui. L'amour propulse et l'amour déçoit.

Qu'attendre de lui ?

Sa propre satisfaction ?

Sa propre perte ?

S'abandonner ou se découvrir, l'amour est tout autour de toi, autour de nous.

Sache le puiser sans l'enfermer.


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