La confusion des sentiments de Stefan Zweig

"Moi, les autres puis l'autre moi "


Parcourir des yeux, la bibliothèque dans le salon. Tant de livres, tant de lectures. Livres obtenus après des années, il y a des bibliothèques où fleurit la littérature depuis quelques temps. Aujourd'hui retour sur un classique...


Résumé : Au soir de sa vie, un vieux professeur se souvient de l'aventure qui, plus que les honneurs et la réussite de sa carrière, a marqué sa vie. A dix-neuf ans, il a été fascine par la personnalité d'un de ses professeurs ; l'admiration et la recherche inconsciente d'un Père font alors naître en lui un sentiment mêlé d'idolâtrie, de soumission et d'un amour presque morbide. Freud a salué la finesse et la vérité avec laquelle l'auteur d'Amok et du Joueur d'Echecs restituait le trouble d'une passion et le malaise qu'elle engendre chez celui qui en est l'objet. Paru en 1927, ce récit bref et profond connut un succès fulgurant, en raison de la nouveauté audacieuse du sujet. Il demeure assurément l'un des chefs-d'œuvre du grand écrivain autrichien. (Source Amazon)


Mon avis : Un jeune homme de 19 ans, Roland se réfugie, s'enfuit, se libère et tombe amoureux de la ville. Berlin qui alimente, sécurise, découvre et apprend : provoque l'appétit de vivre. Les études : il déteste. Les filles : elles passent.

Pourtant, la visite inattendue de son père provoque honte et défi. Et si, aujourd'hui, il n'était plus un gamin, un fils mais un homme ? Quelle décision prendre ? Quels choix faire ? Qui devenir ?


"Ce livre ignore tout du secret de mon avènement à la vie intellectuelle : c'est pourquoi il m'a fallu sourire. Tout y est vrai. Il n'y a que l'essentiel qui y fasse défaut. Il me décrit, mais sans parvenir jusqu'à mon être. Il parle de moi sans révéler qui je suis."


Changeons de format, remplaçons la ville par l'université : l'Alma Mater. Un appétit accru et l'envie de te surpasser t'aide à grandir. Puis, un professeur : Le professeur. Celui qui t'éclaire, te subjugue, te traverse par les sentiments. Puis, d'un revers il s'éteint. Dans la lumière, il transmet l'idée, échange des avis entre toi et lui. La vie et l'éducation semble comme un ombrage du désir de raconter.

Peut-on être à la fois fasciné et déçu par la même personne ?

Est-il possible que le partage provoque l'envie ?

Envie d'entendre, l'envie de comprendre puis glisser dans la monotonie décevante de la vie.

Alors, qu'est-ce qui exalte ? La littérature ou l'enseignement?


Et si, tu pouvais gagner l'intérêt de l'autre afin de prolonger l'échange ?

A la maison, en cours, tu penses que dévorer c'est s'alimenter. Lire, c'est se nourrir. Partager c'est mieux penser.

Ta rencontre avec une femme : Sa femme ?

Tu te sens idiot face à l'amour, face à l'envie. Simplement l'aborder ou la séduire mais tu as peur de trahir, tu paniques à l'idée d'abandonner. Alors, le silence. Petit diamant que tu polis, tu le laisses briller. Elle devient la pierre précieuse que l'on regarde mais que l'on ne touche pas.

Ton regard change ? Tu crois en l'amour, au partage et à la complicité. Tu doutes ?

Le professeur s'absente, ignore sa femme et même toi ! Où va-t-il, où est-il le professeur qui interpelle l'élève en parlant de Shakespeare ? Il te parle d'amour, de sentiments mais tel un être froid et sans grande délicatesse : il t'abandonne, il l'abandonne, il vous abandonne.


Te rapprocher d'elle ? Vivre des moments en sa compagnie, n'est-ce pas prendre un peu "sa" place ? Tu le remplaces en son absence, tu tentes de garder l'image d'un être incroyable et parfait. Veux tu le remplacer ?

Bien sûr, tu glisses dans la trahison, tu t'es perdu. Le silence. Les mots t'abandonnent. La raison te surprend. Quel échappatoire te reste-t-il ? L'aider, oui l'accompagner, le pousser. Qu'il devienne meilleur que lui, aussi jeune que toi. Qu'il se surpasse, que tu sois la source de ce nouvel homme, ce nouveau maître. Tu sais qu'il n'y a rien de plus exaltant que de te trouver dans l'ombre de celui que tu admires. Le regarder encore et encore, apprendre, écouter pour mieux raconter, te dédoubler : devenir toi, ressembler à lui. Qui attise le plus l'autre ? Qui de vous deux se sent réellement pousser des ailes parce que tout devient possible, parce que vous espérez, parce que vous croyez.

Un pas vers lui, un pas sans lui. Le professeur devenu le maître est un personnage aimant et troublant. Indifférent ou attentif, qui est-il ?

Te rapprocher, devenir proche puis comme une gifle inattendue, tu es repoussé. L'une devient l'espionne, l'autre se conduit en bête qui se sert de ton envie, attrape ton effervescence pour la lâcher d'un coup à ta grande surprise.

Qui sont-ils donc, Monsieur et Madame étrange ?

Le fantôme de l'envie, le fantôme disparu erre dans ta tête en vagabond incompréhensible.

Chercher les mots, chercher la trace.

Détecter une réponse, détecter une présence.


Et si l'on dévoilait les sentiments ?

Si tu laissais tomber l'incompréhension pour vous troubler l'un et l'autre ?

Vous vous échappez, vous vous défiez. Face à face, victimes d'une ombre, victimes d'une envie et d'un délit.

Vous vous collez, vous vous unissez. Les lèvres de l'autre, les mains et les regards fugaces : l'abandon délivré cette nuit, confessions intimes liées au maître mais surtout aux corps abandonnés.

Lâcher prise et se taire dans la confession. Ils te disent les mots, tu ne les écris plus.

Terminer l'histoire, revivre une vie prisonnière de secrets. Les sentiments se croisent, se délivrent et se repoussent.

Je comprends ta confusion, je comprends tes sentiments. Dévoilé cet amour, tu ignores le contenu.


Puis dans l'obscurité, il te raconte. La profondeur, l'envie, la discrétion de l'aveu qui explosent l'amour, l'attirance et la répulsion.

La confusion des sentiments : c'est se cacher soi-même.

La confusion des sentiments : c'est s'oublier soi-même.

Mais la confusion des sentiments, c'est surtout savoir qu'aimer c'est respecter l'autre. Et ça, tu l'as gardé au plus profond de toi, même après quarante ans parce que respecter c'est admirer dans une confusion des sentiments.


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