L'apiculteur d'Alep de Christy Lefteri

"Se réfugier dans le souvenir"



J'effectue aujourd'hui la critique de ce livre pour Babelio. Ayant reçu une proposition, pour ce livre, l'histoire me plaisait et l'envie m'a poussée à le découvrir.

Alors parlons-en !


Résumé : Ce livre est un voyage mais pas n'importe lequel. C'est une évasion, un pays, la pensée, l'imagination, les souvenirs.





Mon avis : Au début du roman, je fais la connaissance de Nuri. Il est né à Alep en Syrie. Marié avec Afra, une peintre, ils ont un fils : Sami. Nuri est heureux, il est devenu apiculteur avec son cousin Mustafa. Ensemble, ils prolifèrent tout en étant entourés de la nature, des abeilles. Le narrateur, Nuri, est enthousiaste, comblé et serein.

Mais la guerre s'est installée en Syrie, ils ont dû fuir, partir. Un drame provoquera le départ qu' ils pensaient s'épargner, ne rien abandonner. Dès lors, l'auteure propose un voyage. D'un chapitre à l'autre, je navigue dans le passé, le présent, un fil conducteur : un mot qui relie les époques et la narration.


J'ai peur des yeux de ma femme. Rien n'en sort, rien n'y entre. Ce sont des pierres, des pierres grises, des pierres marines. Regardez-la, assise au bord du lit, qui fait rouler la bille de Mohammed entre ses doigts, sa chemise de nuit par terre. Elle attend que je m'occupe d'elle. Mais je prends mon temps pour enfiler mon maillot de corps et mon pantalon, car je suis las de l'habiller.


L'histoire se déroule de la Syrie à l'Angleterre en passant par la Grèce. Comment parvenir à destination ? Comment se procurer des papiers ? Comment obtenir un droit d'asile ? Comment faire face au regard des autres ? Tout est combat, partis de la guerre, ils doivent encore se battre, affronter les difficultés. Qu'est ce que le voyage d'un réfugié ?

Nuri, Afra sont blessés psychologiquement. Etre assez fort, pour deux, Nuri s'y essaie, regarde les autres, les vies... Lui perçoit-il vraiment ce qu'il a vécu, ce qu'il ressent ? Il tente de comprendre, de se rappeler, de compléter et de poursuivre l'histoire.


Une histoire qui conte la famille, l'amour. Perdre un des leurs, devoir affronter le chagrin sans forcément l'exprimer parce que si l'on parle, si l'on évoque la douleur, on ne s'en remet pas, on tombe, on suffoque et l'on a plus le courage d'avancer.

Alors que faire, sinon se souvenir, se raccrocher à l'éventualité que rien n'est arrivé ? Le silence, feindre de fermer les yeux, le cauchemar devient personnel. Mais si l'on ne se parle plus, si la communication est éteinte, survit-on tout de même ?


Avant que le chaos ne s'installe, Mustafa et Firas venaient souvent dîner chez nous. Nous nous asseyions sur la terrasse qui dominait la ville. De temps en temps, nous entendions le grondement d'une bombe au loin et nous regardions la fumée s'élever dans le ciel. La situation ne cessant d'empirer, nous envisagions désormais de partir tous ensemble.


Nuri et Afra entament donc un périple, mis sous silence, on n'ose dire que l'autre se perd. On n'ose avouer que c'est dur d'être fort(e). La présence, l'attention remplacent les mots.


De ses deux mains, elle essuya mes larmes. Elle plongea son regard dans le mien, comme si elle me voyait. Et, à cet instant, je la vis également, la femme à l'intérieur, la femme que j'avais perdue. Elle était là, avec moi, son âme ouverte et présente, aussi transparente que la lumière. Pendant quelques secondes, je cessai d'avoir peur du voyage à venir, de la route devant nous. Puis très vite ses yeux s'opacifièrent et elle rentra en elle-même, m'échappant à nouveau.


Conclusion : Ce roman est un regard sur la guerre et ses conséquences, sur l'amour de l'autre, sur la considération de l'être humain. Comment rester digne ? Perçoit-on la détresse de l'autre à la hauteur du respect auquel il a droit comme tout personne ?


Ma note : 5/5

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