L'amour harcelant de Elena FErrAnte

" Pièges d'amours"


Au rayon librairie, je cherche, un petit coup d’œil, juste regarder. Et puis, craquer...

Elena Ferrante et sa présence transparente mais pourtant inscrite dans la littérature. Raconter l'amour, comment le fait-il ou le fait-elle ?


Résumé : L'amour harcelant est l'histoire d'une femme à travers une autre. Quels liens les lient-elles réellement ? Une disparition est-elle capable de la réveiller, de renaître différemment ?


Mon avis : Ce livre raconte l'histoire de Delia ou d'Amalia. Je suis à Naples, Delia déambule dans cette ville suite à la disparition de sa mère Amalia. Perdue et troublée, elle marche dans cette ville menaçante à ses yeux. Delia a grandi à Naples mais elle ne retrouve pas le terrain de son enfance. Voit-elle vraiment Naples avec les yeux d'une enfant ?

Que cherche-t-elle ? Des souvenirs, des traces, des images du passé puis rencontrer l'homme qui connaissait sa mère, qui passait du temps avec elle depuis quelques semaines. Non, pas une rencontre mais des retrouvailles pour chacune d'elles. Le père, absent, violent au delà même des mots : dans les actes, dans la parole et dans les gestes. Delia, regardant les hommes dans cette ville qui observe, qui se frotte, me parle de ce père. Injures, menaces, provocations, ultimatums, accusations, il n'avait pas épargné sa mère. Une jolie femme : rire, vivre, regarder, se sentir belle. A-t-elle le droit d'être cette femme, d'être une femme ? Delia regarde ces hommes, se pose les questions et essaie de trouver les causes et les conséquences de cette ville, de l'amour, de la séparation de ses parents, de la liberté retrouvée de sa mère. Et pourtant, Délia est emprisonnée dans le passé, dans les relations, dans l'amour pour cette mère. Elle voulait être "Elle" : s'habiller, marcher, les petits gestes, ces petites manies qui révélaient sa mère en une femme libre, aimée et désirée, et cependant emprisonnée par un homme violent, un mari jaloux et un père invisible.


Quand on entre dans la maison de quelqu'un qui vient de mourir, il est difficile de la croire déserte. Les maisons ne conservent pas de fantômes mais retiennent les effets des derniers gestes de vie.D'abord, j'entendis le ruissellement de l'eau qui venait de la cuisine et, pendant une fraction de seconde, dans une torsion brusque du vrai et du faux, je pensai que ma mère n'était pas morte, que sa mort avait seulement été l'objet d'une longue et angoissante rêverie commencée Dieu sait quand. Je fus certaine qu'elle était dans la maison, vivante, debout devant l'évier, qui faisait la vaisselle en se parlant à voix basse.


Amalia ne se justifiera jamais. Elle subit la violence comme l'amour. L'amour harcelant, celui qui prouve votre appartenance, voulue ou pas, peu importe: on appartient. Tenter de se libérer dans une ville soumise à l'homme, dans une époque qui prétend maîtriser le rôle mais aussi le comportement de la femme, est-ce vain ?

Dire un mensonge ou raconter la vérité, peu importe, la voix d'Amalia est presque indicible. Comment se comporter sans se trahir soi-même ou l'autre ? Amalia est une ombre dans un livre qui provoque par le désir, l'envie ou le plaisir. Amalia avait tenté de vivre pour elle depuis toujours. Mais le désir ou l'envie de l'autre étouffe puis tourmente et déchire la vie. Delia, au fil des pages, prend le relais, s'offre l'envie d'être une femme aux yeux de sa mère, aux yeux des hommes qui l'entourent. L'amour harcelant, c'est aussi l'amour d'une fille pour une femme ou pour sa mère. C'est l'amour qui questionne, qui juge et qui déclare jusqu'au mensonge pour se sauver soi-même. L'amour harcelant, c'est le désir d'un homme, les yeux éclairés d'admiration pour une femme. Peu importe, les conséquences, les enjeux,

Le jeu de l'amour harcelant est une partie de plusieurs pions qui traquent une seule et même proie. Elle porte le poids de l’indifférence, du jugement, de la colère : elle est seule responsable de leur comportement. L'amour harcelant a ses règles, l'amour harcelant a une fin : Défaire ses chaînes, offrir un autre regard par l'absence.


Ma conclusion : Un livre à l'écriture tourmentée, aux paysages défilants, aux souvenirs effacés. La cible de convoitises se libère sous les traits d'une autre génération : à elle de faire son choix, à elle de comprendre enfin : ce qu'est une femme dans un monde d'hommes.


Ma note : 5/5


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