Je suis le carnet de Dora Maar

de Brigitte Benkemoun


Il y a quelques mois, j'ai interviewé par mail Brigitte Benkemoun pour le "casier littéraire" au sujet de son livre : "Je suis le carnet de Dora Maar "

Si l'interview vous intéresse, c'est par ici

Parlons, aujourd'hui de mon avis sur le livre .


Résumé : Il était resté glissé dans la poche intérieure du vieil étui en cuir acheté sur Internet. Un tout petit répertoire, comme ceux vendus avec les recharges annuelles des agendas, daté de 1951.

A : Aragon. B : Breton, Brassaï, Balthus... J'ai feuilleté avec sidération ces pages un peu jaunies. C : Cocteau, Chagall... E : Éluard... G : Giacometti... Chaque fois, leur numéro de téléphone, souvent une adresse. Vingt pages où s'alignent les plus grands artistes de l'après-guerre. Qui pouvait bien connaître et frayer parmi ces génies du XXe siècle ?

Il m'a fallu trois mois pour savoir que j'avais en main le carnet de Dora Maar.

Il m'a fallu deux ans pour faire parler ce répertoire, comprendre la place de chacun dans sa vie et son carnet d'adresses, et approcher le mystère et les secrets de la « femme qui pleure ». Dora Maar, la grande photographe qui se donne à Picasso, puis, détruite par la passion, la peintre recluse qui s'abandonne à Dieu.


Mon avis : Dora Maar à la croisée des chemins. Dora reste un tableau : un collage de différentes époques avec de nouvelles personnalités.

Dora existe dans la peau d'une jeune photographe puis sous l’œil de son « maître », elle est une peintre. Le coup de crayon, le coup de pinceau dans la lignée de Picasso.

Pourquoi la « muse » devient-elle une femme transparente et « une femme qui pleure » à jamais ?

Dora Maar: née Théodora Henriette Markovitch. Elle capte les images et s’accroche au passé. Elle joue avec la silhouette. L’ombre et la lumière pourraient être complémentaires. La « Maar » volcanique rencontre le peintre paumé.

Le Minotaure renaît d’une mort par manque d’inspiration. Cette fois-ci, c’est lui qui creuse le labyrinthe pour que la muse se perde dans ses sentiments. Elle, c’est lui, la muse est surtout l’investigatrice du mythe. Le couple d’artistes complémentaires qui se jouent de l’amour et de la création.

« Le carnet de Dora Maar » vit sur une liste de noms. Recréer les liens. S’imaginer les instants et les émotions du moment. Chercher dans le carnet d’une femme, c’est trouver les intérêts et les relations. Mais Dora Maar n’est pas une femme ordinaire. Elle figure un rapport à Picasso. Comment ne pas penser qu’on ne la côtoie que par utilité ? Comment ne pas se sentir trompée, seule et trahie ? Les amitiés trouvent un clan. Une bande, un groupe qui vit selon le quotidien.

Une année : 1951. Une liste de noms. Brigitte Benkemoun remue un passé triste. Une femme volcanique qui, après avoir trouvé l’amour ou plutôt la force qui lie deux personnes s’abreuvant de l’autre, cherche à retrouver sa place dans une société qui déborde de création. Faire partie d’un clan, c’est certainement déterrer un espace commun.

Dora Maar reste une légende. C’est une femme seule. Elle demeure une ombre parce qu’elle le voulait peut-être. Plus rien n’existe. Après l’illusion : le mythe.


Une lecture enrichissante. Je vous conseille ce livre si vous aimez suivre un destin, prendre le chemin d'une vie. Il n'y a pas forcément une morale, le vécu : la vie. Les pas de Dora vous emmèneront auprès de personnes que vous avez lues ou même admirées.


Pour se procurer le livre : En librairie, ou ici




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