Clair de femme de Romain Gary

L'ombre d'une autre ou de soi-même


Résumé : Ce livre de Romain Gary est l'histoire d'un homme qui a l'impression de tout perdre et à la fois tente d'espérer. La mort est-elle une fin ou un recommencement ? Croire, voir, comprendre et résister, toute l'épopée d'une soirée, d'une nuit ou même du reste d'une vie.



Mon avis : Au début du livre, j'assiste à la rencontre de Michel et de Lydia. Un homme perdu, Michel résiste et se laisse à la fois tomber dans le sentiment de l'abandon, la détresse, le besoin et l'entraide. Sa femme le quitte pour un autre monde, c'est son choix et il le respecte. Mais, elle lui demande de ne pas vivre sans elle, sans la part de féminité qui lui donnera l'impression qu'elle est encore présente à ses côtés. Lorsqu'il rencontre Lydia, elle aussi, perdue et déstabilisée, ils s'oublient l'un grâce à l'autre puis tentent de se retrouver.

Le livre est fait de voyages entre le passé et le présent. Provoquer et construire le futur devient une obsession pour Michel. Où est le raisonnable et le coupable, quelle place prend réellement la vie ? La vie est une question de présent, d'avenir, de souhait ou simplement l'espoir de retrouver. Le destin, pourtant bouscule, retranche ou aide dans ses choix . Mais quel est le bon choix ?


J'entrai et la pris dans mes bras. Je sentis ses ongles sur ma nuque. Elle sanglotait. Je savais qu'il ne s'agissait ni de moi ni d'elle. Il s'agissait de dénuement. C'était seulement un moment d'entraide. Nous avions besoin d'oubli, tous les deux, de gîte d'étape, avant d'aller porter plus loin nos bagages de néant.


Le début du livre est déstabilisant comme les personnages le sont. Je divague dans divers lieux avec différentes personnes. Que veut Michel ? Pourquoi Yannick s'efface pour se laisser remplacer, une demande implorée comme une requête ? Lydia attend quelque chose de l'instant, mais quoi ?


-Il y a des mauvaises rencontres, c'est tout. A moi aussi, ça m'est arrivé. A toi aussi. Comment veux-tu distinguer le faux du vrai, quand on crève de solitude ?


Michel rencontre un homme de spectacle, dresseur ou artiste accompagnés de caniches et d'un chimpanzé, la soirée prend une tournure d'irréalisme.

Il rencontre le mari de Lydia, Sonia la belle mère et d'autres personnes présentent dans un appartement. Chimères de l'alcool ou de la vie, c'est drôle et décevant à la fois. Michel n'est plus un bon vivant, il provoque, il survit, il déambule et programme ou imagine à la fois.


J'ai mal, bien-sûr, surtout aux bras et à la poitrine, là d'où on t'a arrachée, aux yeux, aux lèvres, partout où c'est creusé ton absence, mais cette empreinte profonde et indélébile est devenue sanctuaire de femme, où tout est prêt pour l'accueillir, pour la bénir et lui donner à aimer.


Pourquoi Yannick demande à Michel de la remplacer ? L'amour est il une façon d'exister ou un manque que Michel ne saura combler, le sait-elle ? Michel a la nécessité de voir la vie à deux. Pour lui, un homme est aussi sa vision dans l'autre, une complémentarité nécessaire à l'impression d'exister. Lydia est-elle prête ? Sa vie, n'est-elle pas seulement en train de commencer ? La liberté représente à ses yeux, une façon de se connaître, d'apprendre et de vivre pour soi-même.

Alors, exister dans l'autre ou pour soi, qui fera la meilleure démarche ?

La vie est besoin, elle n'est pas peur ou esclavage, représentation d'un spectacle, qui a besoin de qui ou de quoi ? Est-ce un besoin d'être reconnu par l'autre ou une satisfaction dans le fait d'exister, qui vit et qui meurt ? Qui se libère et qui s'emprisonne ?


Conclusion : Qu'est-ce que l'amour ? L'amour fait-il parti de la vie ou est-ce la vie qui a besoin d'amour ? Peut-on se donner à l'autre sans avoir vécu soi-même ?

Le côté bestial ou humain de la relation est nécessairement un besoin mais aussi une envie de part et d'autre. Rompre : est-ce abandonner ou attendre la fin ?

La vie est une vision d'hommes et de femmes, s'aimant ou s'ignorant. Vivre appartient à tout être qui se connait, la liaison n'est pas une prison, ni même une nécessité. L'amour est une forme d'évolution, de partage mais aussi une liberté de ressentir sinon que reste-t-il, la fin ou même la mort ?


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Qui est l'auteur ?

(biographie présente sur Amazon)


Romain Gary, né Roman Kacew à Vilnius en 1914, est élevé par sa mère qui place en lui de grandes espérances, comme il le racontera dans La promesse de l'aube. Pauvre, «cosaque un peu tartare mâtiné de juif», il arrive en France à l'âge de quatorze ans et s'installe avec sa mère à Nice. Après des études de droit, il s'engage dans l'aviation et rejoint le général de Gaulle en 1940. Son premier roman, Éducation européenne, paraît avec succès en 1945 et révèle un grand conteur au style rude et poétique. La même année, il entre au Quai d'Orsay. Grâce à son métier de diplomate, il séjourne à Sofia, New York, Los Angeles, La Paz. En 1948, il publie Le grand vestiaire, et reçoit le prix Goncourt en 1956 pour Les racines du ciel. Consul à Los Angeles, il quitte la diplomatie en 1960, écrit Les oiseaux vont mourir au Pérou (Gloire à nos illustres pionniers) et épouse l'actrice Jean Seberg en 1963. Il fait paraître un roman humoristique, Lady L., se lance dans de vastes sagas : La comédie américaine et Frère Océan, rédige des scénarios et réalise deux films. Peu à peu les romans de Gary laissent percer son angoisse du déclin et de la vieillesse : Au-delà de cette limite votre ticket n'est plus valable, Clair de femme. Jean Seberg se donne la mort en 1979. En 1980, Romain Gary fait paraître son dernier roman, Les cerfs-volants, avant de se suicider à Paris en décembre. Il laisse un document posthume où il révèle qu'il se dissimulait sous le nom d'Émile Ajar, auteur d'ouvrages majeurs : Gros-Câlin, La vie devant soi, qui a reçu le prix Goncourt en 1975, Pseudo et L'angoisse du roi Salomon.




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